Le PDG du groupe industriel franco-allemand KNDS veut croire à la poursuite du projet d'avion de combat du futur malgré les difficultés
Le PDG du groupe de défense terrestre KNDS, Jean-Paul Alary, estime que les problèmes rencontrés dans le projet d'avion de combat SCAF risquent d'affecter le développement du char européen de nouvelle génération.
Le constructeur franco-allemand de véhicules blindés KNDS craint qu’une rupture du partenariat visant à développer le prochain avion de combat européen ne nuise également à l’avancée de sa propre collaboration transfrontalière : le futur char de combat européen.
Le programme Main Ground Combat System (MGCS) a été lancé en 2017 par Paris et Berlin afin de développer un nouveau char de combat destiné à remplacer les Leopard 2 et Leclerc. Le Future Combat Air System (SCAF) – un projet de défense plus complet impliquant la France, l’Allemagne et l’Espagne – a suivi un an plus tard, mais il reste depuis au point mort en raison de désaccords entre les principales entreprises sur la répartition des tâches.
Dans une interview accordée à Euractiv, le directeur général de KNDS, Jean-Paul Alary, a expliqué qu’il suivait de près l’évolution du SCAF.
KNDS « ne peut ignorer » les dynamiques politiques et industrielles, car les difficultés rencontrées par un projet franco-allemand pourraient se répercuter sur un autre, estime Jean-Paul Alary.
Jusqu’à présent, la coopération entre KNDS, le français Thales et l’allemand Rheinmetall sur le MGCS « se passe bien », a déclaré le PDG. L’année dernière, la France et l’Allemagne ont surmonté les obstacles qui entravaient depuis longtemps les négociations pour commencer officiellement à développer le nouveau char.
Difficultés possibles
Le consortium prévoit de soumettre une offre aux gouvernements en janvier afin de passer à la phase suivante du développement, a indiqué M. Alary.
À plus long terme, cependant, il a averti que les difficultés entourant le programme franco-germano-espagnol de combat aérien, plus vaste, pourraient se répercuter et compliquer les travaux sur le char européen de nouvelle génération.
Jeudi, les ministres de la défense français, allemand et espagnol se sont réunis pour trouver une issue à l’impasse du SCAF, mais ils n’y sont pas parvenus. Le chancelier allemand Olaf Scholz et le président Emmanuel Macron se sont chacun engagés à prendre une décision finale sur le projet d’ici la fin de l’année.
M. Alary a expliqué qu’il préférait que le SCAF se poursuive, car les difficultés liées au projet d’avion de combat « n’aideraient pas le processus » de son projet de char de combat, compte tenu de la nature hautement politique de telles collaborations selon lui.
Des racines européennes en expansion
Malgré l’incertitude, KNDS garde l’espoir que son modèle d’entreprise puisse donner une impulsion à un écosystème plus large de coproduction européenne dans le domaine de la défense terrestre.
Selon M.Alary, KNDS se distingue également en restant concentrée sur les équipements de défense terrestre, alors que son concurrent allemand Rheinmetall s’est diversifié en se lançant dans la construction navale et les usines de munitions en Europe de l’Est.
À ce jour, 24 forces armées européennes utilisent les systèmes KNDS, a noté M. Alary. L’entreprise possède des chaînes de production en Europe, en Asie, en Amérique du Nord et du Sud.
« Lorsque nous vendons des véhicules à des pays européens, nous les produisons sur place », a-t-il souligné. L’entreprise est réputée pour la fabrication des canons automoteurs Caesar et des véhicules blindés Jaguar, Leopard et Griffon.
La Norvège a récemment commandé plus de 50 chars de combat Leopard 2A8 pour ses forces armées, dont une partie de la production sera assemblée localement par Ritek. « Nous avons un partenariat important en Norvège et nous intensifions la production afin de mettre en place une chaîne de production dans ce pays », a conclu M. Alary.