Le plus grand campus agricole du monde expérimente l’élevage du futur
Vaches connectées, une seule traite par jour, éleveurs salariés… La Laiterie des Godets, située dans les Yvelines, à une heure au sud de Paris, prépare l’avenir de l’élevage et de l’agriculture.
Vaches connectées, une seule traite par jour, des éleveurs salariés… La Laiterie des Godets, située dans les Yvelines, à 50 km au sud de Paris, prépare l’avenir de l’élevage et de l’agriculture.
Inaugurée le 17 mai, cette laiterie expérimentale se situe sur le méga campus Hectar, fondé en 2019 par le patron Xavier Niel et l’ex-conseillère agriculture d’Emmanuel Macron, Audrey Bourolleau. L’ambition du plus grand campus agricole du monde : « former les entrepreneurs agricoles de demain ». S‘étendent sur 600 hectares des espaces de recherche, de formation, et une ferme avec des cultures, de l’élevage et désormais une production de lait.
« La première chose que nous avons faite en 2020 a été de recréer des prairies, qui sont le principal capital pour un éleveur. Nous avons repris un terrain en pente, avec un sol assez abîmé où l’on cultivait des céréales », raconte Valérie Fuchs à EURACTIV, porte-parole d’Hectar.
En ce printemps 2022, après deux ans de travail, la Laiterie des Godets produit 200 000 litres de lait avec 60 vaches normandes évoluant sur 60 hectares de prairies. Du lait transformé depuis peu en yaourt, distribués en restauration et en hôtellerie.
Des éleveurs salariés qui ne travaillent qu’un week-end sur trois
Mais ce qui fait la spécificité de la laiterie, fruit d’une collaboration entre Hectar et le Fonds Danone pour l’Ecosystème, c’est ce nouveau modèle de production, qui entend concilier performance sociale, performance économique et enjeux écologiques.
Pour Valérie Fuchs, « l’avenir doit être économiquement viable, tout en préservant l’équilibre de vie de l’éleveur, le bien-être animal et l’environnement ».
Les éleveurs ? Ils sont « 100 % salariés ». Une responsable, une éleveuse et un transformateur laitier, trois équivalents temps plein font vivre la ferme et assurent la production. A un rythme se voulant moins exténuant que dans une ferme traditionnelle. À la Laiterie des Godets, une seule traite est effectuée par jour (contre deux habituellement) et l’on ne travaille qu’un week-end sur trois.
Le campus Hectar souhaite jouer un rôle de premier plan dans la formation des futurs agriculteurs dont la France aura cruellement besoin du fait du vieillissement de la profession, et sachant qu’un tiers des fermes du pays devront être reprises d’ici trois ans. En promouvant ce modèle, la laiterie entend susciter des vocations.
« Lorsqu’on hérite d’une ferme de génération en génération et qu’on travaille en famille, le temps de travail n’est pas compté, assure Valérie Fuchs. Nous devons prendre en compte la pénibilité et assurer une juste rémunération. Si les agriculteurs ne sont pas épanouis dans leur travail, on n’attirera personne. »
Des animaux en plein air, une agriculture régénératrice
Du côté des animaux, le troupeau passe 24 h sur 24 à l’extérieur dans les prairies. Un système qui permet de se passer d’une étable, mais aussi d’améliorer le bien-être des vaches. Celles-ci sont déplacées quotidiennement dans de nouvelles parcelles afin de renouveler la surface fourragère, selon le principe du « pâturage tournant dynamique ». Au sol, une douzaine de plantes apportent divers nutriments aux animaux, comprenant des graminées et légumineuses.
Ni intrant, ni labour, des rotations de cultures… Hectar se targue de s’appuyer sur des pratiques à la fois biologiques et respectueuses des sols, de la biodiversité, des écosystèmes et des pratiques locales, selon les principes de l’agriculture régénératrice.
La technologie au service de l’élevage
Autre particularité de cette laiterie nouvelle génération : la technologie. De nombreux outils viennent en effet « soutenir les compétences de l’éleveur », comme cet « herbomètre » qui permet de mesurer la qualité de l’herbe ou encore ces colliers connectés qui entourent le coup des vaches.
Ces derniers permettent de suivre les déplacements des animaux et de détecter toutes sortes de troubles de santé, d’alimentation. « En cas de vêlage (mise-bas), l’éleveur est alerté immédiatement » précise Valérie Fuchs. « Ces outils sont mis au service du confort et du bien-être des vaches. Dans d’aussi grandes surfaces, cela permet de ne pas déplacer l’animal inutilement par exemple. »
Une agriculture technologique inscrite dans l’ADN d’Hectar. Intelligence artificielle, drones, robotique… Cette business school qui accueille également un accélérateur de start-up, souhaite placer la tech et l’innovation au cœur agriculture de demain.
Certains syndicats dénoncent un « cyber-productiviste » qui favorise le développement des sociétés privées alors que les moyens de l’enseignement public se voient rognés d’année en année. Une manifestation avait d’ailleurs eu lieu le 29 mars dernier sur le site du campus avant de se rendre sur le parvis de la Défense, quartier des affaires parisien.
La porte-parole Valérie Fuchs se défend d’être dans « l’hyper technologie » : « Rien ne remplace l’œil et l’expertise de l’éleveur. Nous mettons simplement l’innovation au service se l’éleveur et de l’animal. »
Modèle réplicable
60 vaches, 60 hectares de prairies : la Laiterie des Godets correspond à une ferme de taille moyenne en France. Un modèle standard à la fois « souple » et « ancré dans la réalité de l’élevage laitier » qui a pour vocation d’être répliqué ailleurs sur le territoire. « Toutes les informations sont partagées, chacun pourra s’en saisir », insiste Mme Fuchs précisant qu’il faudra attendre trois ou quatre ans pour obtenir de vrais résultats.
Pour l’instant, la production bat son plein à Saint-Nom dans les Yvelines. Après les yaourts, la ferme a prévu de s’attaquer à la production de fromage, une tomme de la région parisienne.