Les agriculteurs européens « en faillite » face l’afflux de céréales ukrainiennes, la Commission dément

Les producteurs de céréales roumains ont alerté qu’un afflux de céréales ukrainiennes via les « couloirs de solidarité » de l’UE les pousse au bord de la faillite. La Commission européenne insiste cependant sur le fait que cela n’a aucun impact négatif sur le marché unique.

EURACTIV.com
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Les différentes réglementations et exigences entraînent par conséquent une baisse du prix des céréales ukrainiennes, les rendant plus attractives pour les commerçants, mais impliquent également une qualité moins élevée des céréales vendues sur le marché roumain, mettant ainsi les producteurs locaux en danger. [SHUTTERSTOCK]

Les producteurs de céréales roumains ont alerté qu’un afflux de céréales ukrainiennes via les « couloirs de solidarité » de l’UE les pousse au bord de la faillite. La Commission européenne insiste cependant sur le fait que cela n’a aucun impact négatif sur le marché unique.

« Il n’y a pas d’impact destructeur ou négatif des exportations ukrainiennes sur les marchés de l’UE », a déclaré le commissaire européen à l’Agriculture Janusz Wojciechowski lors d’une conférence de presse lundi (26 septembre), soulignant que cela « n’affecte pas négativement la situation des agriculteurs, ni les prix. »

Les « couloirs de solidarité » sont une initiative lancée fin mai pour permettre de faciliter les exportations de céréales depuis l’Ukraine via toutes les voies possibles, principalement les rivières, les chemins de fer et les routes, alors que les ports maritimes ukrainiens sont bloqués.

Cette initiative a permis d’exporter 3 millions de tonnes de céréales depuis l’Ukraine en août, contre environ 300 000 tonnes seulement en mars, après le début de la guerre. Avant l’invasion, l’Ukraine exportait 5 à 6 millions de tonnes par mois.

Au mois de juillet, un représentant de la Commission a déclaré devant la commission de l’Agriculture du Parlement européen (AGRI) que les céréales provenant d’Ukraine et destinées aux pays voisins restaient bloquées sur les marchés locaux et que « c’était très pénible pour eux ». Ils ont donc souligné la nécessité de mettre en place des « couloirs de solidarité » pour que les céréales atteignent enfin les marchés internationaux et viennent en aide aux agriculteurs locaux.

Toutefois, M. Wojciechowski a désormais assuré qu’il n’y avait « aucun problème de vente de céréales par les agriculteurs européens ».

« Nous ne voyons pas d’effondrement en termes de prix à cause de cette exportation depuis l’Ukraine », a-t-il déclaré, ajoutant que l’exécutif européen surveille de près la situation du marché.

Les agriculteurs roumains sur le terrain dressent cependant un tableau très différent de la situation, prévenant que les céréales ukrainiennes qui passent la frontière poussent les agriculteurs locaux au bord de la faillite.

Une « tempête parfaite »

Selon Florentin Bercu, de l’Alliance roumaine pour l’agriculture et la coopération, les producteurs agricoles roumains ont subi une « forte détérioration de leur compétitivité ».

M. Bercu estime que le principal problème est que les agriculteurs roumains sont victimes d’importations moins chères de tournesol, de blé, d’orge et de maïs ukrainiens, qui sont cultivés selon des règles et des contraintes différentes de celles de l’UE.

« L’importation de céréales et d’oléagineux doit transiter par le territoire du pays et atteindre les États membres de l’UE, qui sont des importateurs nets de ces cultures ou, plus loin, des pays tiers. Mais, à l’inverse, ces cultures sont vendues sur le marché roumain », a-t-il expliqué à EURACTIV.

Ces différences font baisser le prix, ce qui le rend plus attractif pour les commerçants. Parallèlement, cela réduit la qualité des céréales vendues sur le marché roumain, mettant en danger les producteurs locaux.

« Au plus fort de la récolte, le marché local des céréales et des oléagineux se contente de céréales ukrainiennes, provoquant ainsi l’effondrement du marché des céréales en Roumanie, tant au niveau des prix d’achat que des volumes requis », a expliqué M. Bercu.

Parmi les autres problèmes causés par les mesures prises pour faciliter les exportations de céréales ukrainiennes, figure le coût du transport pour les agriculteurs roumains, qui a presque triplé au cours du premier mois de la libéralisation du commerce en raison des demandes très élevées de la production en provenance d’Ukraine.

Parallèlement, le nombre de produits phytosanitaires contrefaits ou interdits dans l’UE a augmenté, a déclaré M. Bercu, mettant en garde contre la mise en danger des consommateurs européens et locaux.

Cette combinaison de faibles prix d’achat, de faibles rendements et de coûts de production élevés a créé une « tempête parfaite », a-t-il alerté.

De même, des sources présentes lors d’une récente réunion informelle des ministres de l’Agriculture ont déclaré à EURACTIV que la Pologne avait également exprimé des craintes similaires.

Parallèlement, en juillet dernier, des eurodéputés de la commission de l’Agriculture du Parlement européen ont visité les ports de Constanța, Agigea et Galați, assurant qu’ils cherchaient des solutions.

Le prix de la solidarité

Malgré les impacts négatifs, M. Bercu s’est empressé de souligner que les agriculteurs roumains continuent de soutenir l’initiative des couloirs de solidarité. Il a fait remarquer que les craintes « ne doivent pas être comprises comme une désapprobation des agriculteurs à l’égard de ces couloirs » mais plutôt comme une forme d’« auto-préservation ».

Les agriculteurs réclament toutefois un certain nombre de mesures pratiques afin d’alléger la pression exercée par le flux de produits ukrainiens. Ils demandent notamment une meilleure gestion dans les ports maritimes, ainsi qu’une traçabilité visant à empêcher que les céréales ukrainiennes ne soient détournées vers le marché roumain.

M. Bercu a également demandé que des fonds européens soient alloués à l’amélioration de la logistique et à l’augmentation des capacités de stockage dans les zones ayant accès à la navigation.

« Pour l’instant, ces mesures n’ont pas été mises en œuvre et nous sommes conscients que c’est un long processus. Nous devons donc absorber le choc par nous-mêmes », a résumé M. Bercu.