Les ministres de l’Agriculture de l’UE lancent un « appel urgent » pour mettre fin à l’élevage d’animaux à fourrure

Une majorité d’États membres souhaite interdire l’élevage d’animaux à fourrure et de la vente de produits en fourrure à l’échelle de l’UE, mais la Commission européenne a déclaré qu’elle attendait des avis scientifiques supplémentaires pour orienter ses travaux.

EURACTIV.com
Jarosty, Poland | 2022 09 15 | Raccoon dogs on a fur farm in Jarosty Poland.
Le ministre allemand de l’Agriculture, Cem Özdemir, a lancé un appel urgent à la Commission pour qu’elle « tienne compte de l’interdiction de l’élevage d’animaux à fourrure » dans le cadre de la prochaine révision des règles relatives au bien-être animal, prévue en septembre. [FOUR PAWS]

Une majorité d’États membres de l’UE s’est prononcée en faveur d’une interdiction de l’élevage d’animaux à fourrure et de la vente de produits en fourrure à l’échelle de l’UE, mais la Commission européenne a déclaré qu’elle attendait des avis scientifiques supplémentaires pour orienter ses travaux sur la question.

Lundi (26 juin), une coalition d’États membres a soutenu une interdiction de l’élevage d’animaux à fourrure, une pratique qui consiste à élever puis à tuer des animaux sauvages à fourrure uniquement pour leur peau, comme les visons, les renards et les chiens viverrins.

L’initiative, lancée par les délégations allemande, autrichienne et néerlandaise, a été examinée lors de la réunion mensuelle des ministres de l’Agriculture — le Conseil « Agriculture et pêche » (AGRIPECHE) — qui s’est déroulée à Luxembourg.

Le ministre allemand de l’Agriculture, Cem Özdemir, a lancé un appel urgent à la Commission pour qu’elle « tienne compte de l’interdiction de l’élevage d’animaux à fourrure » dans le cadre de la prochaine révision des règles relatives au bien-être animal, prévue en septembre de cette année.

« Nous parlons d’animaux non domestiqués aux besoins complexes, qui […] ne sont pas correctement pris en considération », a-t-il déclaré, ajoutant qu’« il est éthiquement indéfendable d’élever et de tuer ces animaux pour des produits de luxe non essentiels ».

D’autres pays, dont la Belgique, l’Estonie, la Lituanie, le Luxembourg et la République tchèque, ont manifesté leur soutien à l’initiative.

« La Commission a déclaré vouloir libérer ces animaux de leurs cages dans le cadre de la révision du règlement sur le bien-être animal [et que] les animaux à fourrure ne doivent pas être oubliés », a souligné Vytautas Abukauskas, le vice-ministre lituanien de l’Agriculture.

Bien que la Lituanie se soit opposée à l’interdiction lors d’une réunion du Conseil AGRIPECHE l’année dernière, elle est sur le point de devenir le 20e pays d’Europe à interdire l’élevage d’animaux à fourrure.

La Finlande et la Pologne sont actuellement les États membres de l’UE qui comptent le plus grand nombre d’élevages d’animaux à fourrure, alors que d’autres pays comme l’Espagne, la Grèce et la Lituanie figurent en tête de liste des élevages de visons.

La Finlande et la Grèce font partie des pays opposés à la proposition d’interdiction, tandis que l’Espagne ne s’est pas exprimée sur le sujet.

« Le bien-être des animaux à fourrure peut et doit être amélioré sur la base des dernières connaissances scientifiques et des meilleures pratiques, sans qu’il soit nécessaire d’interdire l’industrie », a déclaré la ministre finlandaise de l’Agriculture, Sari Essayah.

De même, le représentant grec, Giorgos Topoglidis, a souligné « l’importance financière » de l’industrie dans son pays et a fait remarquer qu’il s’agit d’une « activité éligible » au titre du plan stratégique national grec de la Politique agricole commune (PAC).

Pas encore d’avis scientifique

La commissaire européenne à la Santé et responsable des règles relatives au bien-être des animaux, Stella Kyriakides, a informé les ministres que « l’EFSA [Autorité européenne de sécurité des aliments] n’a pas encore émis d’avis scientifique sur le bien-être des animaux à fourrure pour orienter les travaux de la Commission dans ce domaine ».

« La priorité a été donnée, à juste titre, aux espèces qui sont principalement élevées aujourd’hui dans tous les États membres, telles que les vaches laitières, ou à deux autres espèces : les poulets de chair ou les porcs », a-t-elle expliqué.

Elle a également ajouté qu’« une feuille de route supplémentaire a été convenue pour les futurs avis sur plusieurs espèces afin de soutenir davantage les travaux de la Commission après l’adoption des propositions ».

L’exécutif européen a toutefois envisagé une interdiction potentielle de l’élevage d’animaux à fourrure dans un projet d’analyse d’impact consulté par EURACTIV en avril.

L’analyse d’impact ne fait pas état d’une solution de préférence concernant l’élevage d’animaux à fourrure « dans l’attente d’une décision politique » — mais il est reconnu qu’une interdiction de l’élevage d’animaux à fourrure « serait la solution la plus efficace du point de vue du bien-être animal, par rapport à celle qui consiste à établir de nouvelles exigences élémentaires » fondées sur les futures évaluations de l’EFSA.

En outre, le document prévoit qu’environ 1 000 exploitations agricoles de l’UE seront touchées par une telle interdiction, pour un coût estimé à 225 millions d’euros. Ces exploitations « devront être soutenues économiquement, surtout si une courte période de transition est prévue ».

Selon des données de l’EFSA, on comptait jusqu’en 2019 environ 2900 élevages d’animaux à fourrure dans l’Union. La pandémie de Covid a porté un coup au secteur, et le nombre d’élevages de visons est tombé à 759, principalement situés en Finlande, en Pologne, en Lituanie et en Grèce.

Plus d’un million de signatures en faveur de l’interdiction

Le débat des ministres intervient environ deux semaines après que l’initiative citoyenne européenne (ICE) intitulée « Pas de fourrure en Europe » (Fur Free Europe) a officiellement dépassé le million de signatures validées pour interdire les élevages d’animaux à fourrure.

Au total, 1 502 319 signatures ont été officiellement soumises à la Commission européenne, qui rencontrera les organisateurs de l’initiative en juillet.

Reineke Hameleers, directrice générale d’Eurogroup for Animals, a précisé qu’« avec le déclin constant de la production de fourrure depuis la dernière décennie, suivi d’une forte baisse due à la pandémie de Covid-19, l’industrie de la fourrure pèse peu dans l’économie de l’Union européenne et [que] l’argument économique ne tient donc pas ».

De même, Joe Moran, directeur du bureau européen de l’association pour le bien-être animal FOUR PAWS, a ajouté que « les six mois à douze mois à venir seront les plus importants pour l’orientation de la législation sur le bien-être animal au sein de l’UE depuis ces vingt dernières années ».

« Les citoyens se sont exprimés, […] on ne peut pas les ignorer », a-t-il souligné.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]