Qatargate : deux eurodéputées italiennes réintègrent le groupe S&D après leur suspension
Deux eurodéputées italiennes liées à l’affaire du « Qatargate » ont été réintégrées dans les rangs des Socialistes et Démocrates (S&D) du Parlement européen, après plusieurs mois de suspension, a confirmé un porte-parole du groupe.
Elisabetta Gualmini et Alessandra Moretti, issues du Partito Democratico (PD) italien, avaient été mises à l’écart de leur groupe au Parlement européen en mars dernier. À l’époque, les procureurs belges avaient demandé à l’institution de lever leur immunité parlementaire dans le cadre d’une vaste enquête sur des soupçons de corruption liés au Qatar. Ce scandale avait déjà entraîné la chute de la Grecque Eva Kaili, ancienne vice-présidente du Parlement, et de l’eurodéputé belge Marc Tarabella — tous deux avaient été exclus du groupe S&D. Ils ont toujours nié toute malversation.
Pour rappel, le scandale dit du « Qatargate » a éclaté en décembre 2022, lorsque les autorités belges ont découvert d’importantes sommes d’argent liquide dans plusieurs domiciles de personnalités politiques et d’ONG. L’affaire porte sur des soupçons de versements opaques en provenance du Qatar et du Maroc, destinés à influencer les discussions et les décisions au Parlement européen.
Contrairement à Eva Kaili et Marc Tarabella, Elisabetta Gualmini et Alessandra Moretti ont été autorisées à retrouver leur place au sein du groupe. Selon cinq sources proches du dossier, le Bureau du S&D avait validé leur réintégrer les rangs des socialistes dès juillet, avec une application effective après la pause estivale. Un porte-parole a confirmé à Euractiv qu’elles étaient désormais à nouveau membres à part entière.
Cette réintégration des deux eurodéputées toujours sous le coup d’une enquête surprend d’autant plus que le groupe S&D avait promis une politique de « tolérance zéro » vis-à-vis de la corruption après l’éclatement du scandale, et ce, avant même que la justice ne se prononce définitivement sur la culpabilité ou l’innocence des personnes mises en cause.
Selon deux sources du groupe socialiste, cette décision intervient dans un climat de tensions croissantes avec la procureure fédérale belge Ann Fransen, plusieurs eurodéputés ayant émis des doutes sur les affaires sur lesquelles elle enquête.
En juin, Ann Fransen a été interrogée lors d’une session à huis clos de la commission des Affaires juridiques (JURI) du Parlement, qui traite les questions de levée d’immunité. Trois participants ont qualifié les échanges de « tendus », plusieurs eurodéputés ayant exigé des preuves plus solides avant toute levée d’immunité. Un élu au fait du dossier a qualifié la demande belge de mars de « mal rédigée ».
Cette opposition a influencé la décision du groupe S&D malgré la confidentialité supposée de la procédure judiciaire. Avant même que la commission ne se prononce sur les cas de Elisabetta Gualmini et Alessandra Moretti, le Bureau a pris les choses en main et réintégré les deux Italiennes.
En mai, les intéressées ont affirmé leur « absence totale d’implication dans des activités de corruption ».
Leur situation sera à nouveau débattue mardi prochain (23 septembre) au sein de la commission JURI, mais aucun vote n’a encore été planifié. Les demandes sont en suspens depuis février dernier.
Elisabetta Gualmini et Alessandra Moretti n’ont pas répondu à notre demande de commentaires avant la publication de cet article.
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(asg)