Pour Mario Draghi, l’Europe doit miser sur les nouvelles technologies
L’Europe se doit de continuer à innover. Tel est en substance l’un des messages principaux du rapport de Mario Draghi sur la compétitivité de l’Union, qui accorde une place très importante aux nouvelles technologies.
L’Europe se doit de continuer à innover. Tel est en substance l’un des messages principaux du rapport de Mario Draghi sur la compétitivité de l’Union, qui accorde une place très importante aux nouvelles technologies.
Le rapport élaboré par l’ancien président de la Banque centrale européenne (BCE) devrait influencer de manière significative le plan de travail de la Commission pour la législature 2024-2029, et ses conclusions se reflètent déjà dans les orientations politiques prises par la présidente de l’exécutif, Ursula von der Leyen.
« L’Europe doit devenir un lieu où l’innovation prospère, en particulier dans le domaine des technologies numériques », a ainsi expliqué Mario Draghi lors d’une conférence de presse lundi. Pour ce faire, l’Italien suggère un effort massif d’investissement et de nombreuses réformes ciblées, afin d’accompagner le renforcement de la compétitivité de l’Union.
Toujours plus d’investissements
Pour Mario Draghi, l’Union européenne (UE) devrait augmenter considérablement ses dépenses afin de concurrencer les investissements américains, qui sont en augmentation depuis la loi sur la réduction de l’inflation (Inflation Réduction Act, IRA), mais aussi les industries chinoises fortement subventionnées.
Il propose de plus que doubler le budget d’Horizon Europe, le principal programme de financement de la recherche et de l’innovation de l’UE, en le portant de 93,5 à 200 milliards d’euros. Il souhaite aussi le réorienter vers le financement de recherches plus novatrices.
Les semi-conducteurs, l’informatique et l’intelligence artificielle (IA) figurent parmi les technologies qui font l’objet d’une attention particulière dans le rapport.
Mario Draghi souhaite aussi réduire les coûts de déploiement de l’IA dans l’UE en augmentant considérablement les ressources informatiques pour les modèles de formation, et ce en s’appuyant sur l’initiative des usines d’IA.
Le renforcement de la chaîne d’approvisionnement en semi-conducteurs nécessitera des « centaines de milliards », mais avec la sécurisation des matières premières essentielles, il s’agit d’une « police d’assurance » pour l’avenir de l’UE, écrit-il.
Une intégration plus poussée
« On estime que le règlement général sur la protection des données (RGPD) a réduit les bénéfices des petites entreprises technologiques de plus de 15 % », explique encore Mario Draghi.
Il appelle donc à une simplification des législations européennes, dont une harmonisation des bacs à sable règlementaires d’IA, à une meilleure mise en œuvre du RGPD et à l’adoption d’un « règlement européen sur le développement du cloud et de l’IA », visant à harmoniser les exigences en matière d’architecture de stockage dématérialisé (cloud).
Mario Draghi se range du côté des plus grandes entreprises de télécommunications en défendant la dérèglementation de leur secteur, comme l’avait fait Enrico Letta dans son rapport sur l’état du marché unique de l’UE en avril dernier, afin d’améliorer leurs retours sur investissement dans cette industrie à forte intensité de capital.
L’ancien directeur de la BCE soutient également les objectifs du principe de l’émetteur-payeur, au détriment des grandes entreprises technologiques américaines.
Des réformes ciblées
Bien que l’économiste italien reconnaisse que l’UE est à la traîne dans certains secteurs, tels que l’informatique dématérialisée, il estime que l’Union devrait développer des projets sur son territoire pour rester indépendante en cas de crise.
Considérant que l’Agence spatiale européenne (ESA) est à l’origine de la fragmentation de l’industrie spatiale européenne, Mario Draghi suggère de mettre fin à la règle du « retour géographique », qui attribue les contrats à des entreprises nationales.
Les talents sont sous-utilisés dans l’UE, écrit-il, ce qui crée des problèmes économiques dans la diffusion des technologies numériques, comme le montrent les rapports sur la décennie numérique de l’UE.
Mario Draghi suggère donc de réviser les systèmes de formation des États membres, d’introduire un système européen commun de certification et de réorienter le soutien de l’UE à l’éducation vers des secteurs et des compétences plus ciblés, tels que les chaînes de valeur stratégiques et les capacités managériales.
[Édité par Anne-Sophie Gayet et Laurent Geslin]