Hydrogène : la Cour des comptes européenne fustige les objectifs « irréalistes » de la Commission
The European Court of Auditors has criticised the European Commission for setting unachievable hydrogen production and import targets for 2030, while praising its swift adoption of the market rulebook, in a new report published on Wednesday (17 July).
La Cour des comptes européenne a reproché mercredi (17 juillet) à la Commission européenne d’avoir fixé des objectifs irréalisables en matière de production et d’importation d’hydrogène pour 2030, tout en saluant le travail règlementaire de l’exécutif via l’adoption rapide de règles du marché.
L’hydrogène peut être produit soit à partir de gaz (par réformage) soit à partir d’eau avec un apport d’électricité (par électrolyse). La Commission a fait du déploiement d’hydrogène produit à partir d’électricité renouvelable un levier crucial pour verdir les industries lourdes les plus difficiles à décarboner (engrais, pétrochimie, sidérurgie, ciment).
En 2020, l’UE a adopté l’une des premières stratégies au monde en matière d’hydrogène. Plus tard, lorsque la Russie a attaqué l’Ukraine en février 2022, l’Union a mis à jour cette stratégie, avec le plan REPowerEU. Via cette feuille de route, elle a misé sur l’hydrogène pour remplacer les flux de gaz russes d’ici 2030, fixant des objectifs de production et d’importation de 10 millions de tonnes respectivement d’ici cette date.
« Quatre ans après la publication de la stratégie pour l’hydrogène, nous demandons [à la Commission de faire face] à la réalité », a déclaré Stef Bloc, membre de la Cour des comptes européenne chargé de rédiger le rapport sur l’hydrogène publié mercredi, lors d’une réunion d’information.
Ce rapport brosse un tableau mitigé d’une Union qui a adopté la législation appropriée pour faire décoller le marché de l’hydrogène, mais qui a également fixé des objectifs « irréalistes » et « dictés par une volonté politique » excessive en matière de production et d’importation, « sans reposer sur une analyse rigoureuse ».
« D’après les informations disponibles auprès des États membres et de l’industrie, il est peu probable que l’UE atteigne ces objectifs d’ici 2030 », a affirmé M. Bloc.
Les auditeurs ont également constaté que l’UE ne dépense pas ses fonds de manière judicieuse, le rapport indiquant que la Commission « ne dispose pas de données complètes sur les financements publics nationaux alloués ou prévus en faveur de l’hydrogène renouvelable », tandis que les 18,8 milliards d’euros devant être déboursés par Bruxelles au cours de la période 2021-2027 sont « éparpillés sur plusieurs programmes soumis à
des règles de financement différentes ».
« Il est donc difficile pour les promoteurs de projets liés à l’hydrogène de déterminer quel programme est le plus adapté à leur projet », estiment les auteurs du rapport.
Le travail de l’exécutif de l’UE sur les nouvelles règles pour le futur marché de l’hydrogène a pour sa part été largement salué, M. Bloc déclarant que la Commission « mérite d’être félicitée pour son travail sur le cadre juridique de l’hydrogène renouvelable ».
Toutefois, le retard de plusieurs années dans l’adoption de l’acte délégué sur l’additionnalité, qui établit des normes pour l’hydrogène renouvelable — le type d’hydrogène le plus respectueux du climat — a créé une incertitude sur le marché et effrayé les investisseurs.
Selon les auditeurs, « l’incertitude générée par l’absence de cet acte délégué crucial que les promoteurs de projets ont attendu avant de prendre leurs décisions d’investissement définitives ».
Le cadre a été adopté « rapidement et solidement », a déclaré Jorgo Chatzimarkakis, directeur général de l’association industrielle Hydrogen Europe. Cependant, « les mesures d’accompagnement, en particulier l’acte délégué pour la définition de l’hydrogène renouvelable, prennent trop de temps et sont trop complexes », a-t-il noté.
Un travail à poursuivre
Commentant le rapport avant sa publication, la Commission européenne a déclaré que son travail était « loin d’être terminé ».
La prochaine étape consiste à accélérer le « déploiement et l’adoption » de l’hydrogène, à la fois à faible teneur en carbone et renouvelable, en Europe, a ajouté l’institution.
Les auditeurs ont conseillé à l’UE de « mettre à jour sa stratégie en matière d’hydrogène sur la base d’une évaluation minutieuse […] des incitations du marché en faveur de la production et de l’utilisation d’hydrogène renouvelable et d’hydrogène bas carbone », ainsi que des « fonds limités de l’UE » et des « implications sur le plan géopolitique d’une production interne à l’UE par rapport à des importations en provenance de pays tiers ».
Cela signifie qu’il faut « mettre à jour » les objectifs en matière d’hydrogène « afin qu’ils soient ambitieux, mais réalistes », souligne également le rapport.