Les eurodéputés veulent que la Commission soutienne davantage l’abattage des animaux à la ferme
Les eurodéputés de la commission de l’Agriculture ont soutenu l'exécutif européen dans sa volonté d’accorder plus de souplesse aux éleveurs pour abattre les animaux à la ferme, mais elle doit aller plus loin selon eux, tout en accentuant les contrôles.
Les eurodéputés de la commission de l’Agriculture ont soutenu l’exécutif européen dans sa volonté d’accorder plus de souplesse aux éleveurs pour abattre les animaux à la ferme, mais elle doit aller plus loin selon eux, tout en accentuant les contrôles.
Réunis en commission de l’Agriculture et du Développement rural du Parlement européen lundi (18 mars), les eurodéputés sont revenus sur le choix de la Commission, par un acte délégué adopté en décembre dernier, de faciliter la mise à mort des animaux à la ferme.
Désormais, « nous donnons plus de possibilités pour l’abattage dans l’exploitation », reconnaît le représentant de la DG Santé Koen Van Dyck. Une seule condition : que les règles d’hygiène prévues par le règlement délégué soient respectées afin de garantir la sécurité alimentaire. Car la viande est ensuite vendue sur le marché européen, voire exportée, sans distinction avec celle issue d’abattoirs industriels.
La présence d’un vétérinaire dans la ferme est par exemple obligatoire avant l’abattage.
Libéralisation progressive
Étant donné que les abattoirs de proximité dans l’UE se réduisent au profit de grosses structures industrielles, la durée de transport des animaux vivants tend à s’allonger, engendrant du stress voire des souffrances physiques. Pour y remédier, les ONG et de plus en plus d’États membres prônent les « abattoirs mobiles », des camions se déplaçant de ferme en ferme avec l’équipement ad hoc pour mettre à mort les animaux.
Depuis le règlement de 2004 relatif à l’hygiène des denrées animales qui interdisait cette pratique, la Commission a progressivement donné son feu vert aux expérimentations d’abattoirs mobiles.
Le 14 décembre 2023, la Commission a finalement adopté un acte délégué étendant l’abattage à la ferme aux ovins et caprins – alors qu’auparavant les expérimentations étaient limitées aux équins, bovins et porcins – dès lors qu’il existe un risque durant le transport. L’éleveur peut ainsi tuer jusqu’à trois bœufs, six porcs ou encore neuf moutons ou chèvres par an.
Cette décision s’appuie sur plusieurs études et rapports. En 2021, la commission d’enquête sur la protection des animaux pendant le transport du Parlement européen appellait à « faciliter le développement de l’abattage à la ferme, par le biais des abattoirs mobiles, de façon à réduire le plus possible les besoins en transport d’animaux vivants ». Même constat en 2023, dans un rapport de la Cour des comptes européenne.
Selon les données de la Commission, plus d’un tiers des voyages d’animaux vivants dans l’UE durent entre 8 et 24 heures. Pour les chevaux, les bovins, les ovins et les caprins, il s’agit de plus de 40 % des trajets.
Bureaucratie
Les eurodéputés ont globalement soutenu cette évolution, permettant de pallier le manque d’abattoirs fixes, soulager les animaux lors du transport ou favoriser les circuits courts. Pour les élus, cependant, la Commission devrait aller plus loin.
« Il y a encore beaucoup de bureaucratie », déplore Martin Häusling (Verts/ALE), qui pointe notamment l’obligation de présence d’un vétérinaire sur place, avant la mise à mort. « Il y a des millions de chasseurs en Europe, quand ils abattent un cerf, il n’y a pas de vétérinaire », poursuit l’éleveur et eurodéputé allemand de la Hesse.
La question de la présence du vétérinaire est soulevée par plusieurs élus qui y voient une surcharge administrative, et surtout un frein potentiel à la pratique de l’abattage mobile étant donné la quantité de personnel qu’il faudrait déployer dans les fermes.
« Il n’y a pas suffisamment de vétérinaires pour les envoyer partout où les animaux sont abattus », souligne l’eurodéputé roumain Daniel Buda (Parti populaire européen, PPE).
Un reproche balayé par la Commission pour qui « l’inspection antemortem » par un vétérinaire agréé fait partie des procédures « nécessaires » pour que la viande soit aussi sûre que les autres sur le marché.
« En Roumanie, il n’y a pas beaucoup d’abattoirs sur le territoire, la Commission devrait maintenant s’assurer que les États membres appliquent cette législation », poursuit l’eurodéputé roumain.
Il demande aussi à la Commission d’aider financièrement les exploitations, pour qu’elles puissent acquérir du matériel de traitement et de transformation pour alimenter le marché local. Cette requête avait déjà été formulée par le Parlement européen 2021.
Viabilité économique
Le volet économique est d’autant plus important que, comme le souligne l’eurodéputé français Gilles Lebreton (Identité & Démocratie, ID), la première société d’abattage mobile française qui a démarré son activité en 2021 – le Bœuf éthique – a fini en liquidation judiciaire au bout de deux ans d’activité.
Les raisons ? La baisse des commandes liée au confinement, l’augmentation des coûts (énergie, emballage) et des retards de paiement accumulés.
« La Commission est-elle au courant de cet échec français ? », demande l’élu, en reconnaissant toutefois que cela fonctionne dans d’autres États, comme en Suède. Le pays scandinave, très sensible aux questions de bien-être animal, est aujourd’hui une référence en la matière. La Suède a réalisé de nombreux investissements ces dernières années afin de produire à petite échelle des produits animaux de qualité supérieure.
La Commission confirme qu’elle a des « échanges intenses » avec les États membres qui expérimentent le procédé et qui transmettent leur retour d’expérience. Le représentant de la l’exécutif européen Koen Van Dyck rappelle tout de même que « le volet viabilité économique n’est pas de [son] ressort ».
De plus, selon la Cour des comptes européenne, les éleveurs ayant recours aux abattoirs mobiles sont également « confrontés à des défis en matière de logistique et de rentabilité ». Les coûts de fonctionnements imposent de « créer de la valeur ajoutée » et d’augmenter le prix pour les consommateurs.
Comme le rappellent les eurodéputés, en particulier la française Irène Tolleret (Renew), un étiquetage clair sur le mode d’abattage permettrait à l’éleveur de « mieux valoriser sa viande et fidéliser sa clientèle ». Une question au cœur de la grande réforme de la législation sur le bien-être animal que la Commission européenne doit encore présenter.
[Édité par Anna Martino]