Marché de l'électricité : la gauche française réclame à son tour un vote au Parlement européen
La gauche française prendra part à l'initiative lancée par l'eurodéputé Christophe Grudler (Renew) contre le mandat actuel du Parlement européen pour les négociations sur la réforme du marché de l'électricité, sauf si la droite y participe.
La gauche française prendra part à l’initiative lancée par l’eurodéputé Christophe Grudler (Renew) contre le mandat actuel du Parlement européen pour les négociations sur la réforme du marché de l’électricité, sauf si la droite y participe.
Face à la flambée des prix de l’énergie plus qu’aggravée par la guerre en Ukraine, la Commission européenne a proposé en mars dernier de réformer le marché européen de l’électricité.
Les discussions sont en cours entre les États membres pour négocier une position commune, tandis que les eurodéputés ont déjà entériné leur position.
Celle-ci s’appuie sur le rapport de l’eurodéputé espagnol Nicolas González Casares (S&D – gauche), voté par une grande majorité d’eurodéputés de la commission de l’industrie, de la recherche et de l’énergie (ITRE) le 19 juillet dernier.
Suite à un second vote le jour même, le rapport de M. González Casares fera office de mandat du Parlement européen pour les négociations interinstitutionnelles — dites « trilogues » — avec la Commission européenne et les États membres réunis en conseil de l’UE.
Sauf que la position actuelle du Parlement européen ne sied pas à l’ensemble des eurodéputés, notamment français.
Jeudi (7 septembre), EURACTIV France expliquait en ce sens que l’eurodéputé français Christophe Grudler (Renew — centre) prépare une objection au mandat du Parlement européen tel qu’actuellement rédigé.
L’initiative doit être présentée au plus tard mardi midi prochain (12 septembre) à la présidente du Parlement européen, Roberta Metsola, pour organiser un vote jeudi (14 septembre).
L’ensemble des eurodéputées réuni en plénière devront alors se positionner sur le mandat actuel confié au Parlement pour les négociations à venir sur la réforme du marché de l’électricité sur la base du rapport M. González Casares.
Pour présenter son « objection » (plenary check, en anglais), 72 signatures doivent être réunies.
Jeudi, l’eurodéputé M. Grudler a indiqué à EURACTIV France qu’il avait déjà réuni environ une cinquantaine de signatures.
Il semblerait néanmoins qu’il sera difficile pour ce dernier de rallier les eurodéputés de gauche à sa proposition. Pourtant certains d’entre eux se sont aussi élevés contre le mandat parlementaire actuel.
« Nous ne signerons pas une initiative qui réunit des voix des groupes d’extrême-droite [ID et CRE] », a lancé sur ce point l’eurodéputée française Nora Mebarek (S&D) à EURACTIV France, lors d’un point presse des délégations françaises du Parlement européen vendredi (8 septembre).
Pas d’alliance gauche-droite sur ce dossier
Pour l’eurodéputée française Valérie Hayer (Renew), les accusations sont malvenues, puisqu’« Il n’est pas du tout question d’une initiative commune avec l’extrême-droite », a-t-elle répondu.
Son collègue français et principal artisan de l’objection à venir, Christophe Grudler (Renew), confirme à EURACTIV France : « J’ai exclu de mon mail de demande de signatures les eurodéputés du groupe Identité et démocraties (ID — extrême droite) ».
Néanmoins, les eurodéputés du groupe ID « ont la possibilité de déposer à titre personnel une demande de rejet » du mandat actuel du Parlement européen pour la réforme du marché européen de l’électricité, explique-t-il.
Un communiqué de presse de la délégation française du S&D envoyé vendredi va encore plus loin.
Les eurodéputés socialistes n’associeront pas leurs voix à celles de l’extrême droite, mais plus généralement « de la droite [Parti populaire européen — PPE] », peut-on y lire. La raison ? Les socialistes fustigent les dernières positions des eurodéputés du PPE contre la directive sur la restauration de la nature, texte essentiel du Green deal européen.
Or, M. Grudler nous a déclaré que les signatures qu’il a réuni « viennent essentiellement de Renew, mais aussi du PPE et de CRE ». Il ajoute que les signatures en soutien de son initiative viennent aussi « du S&D d’autres pays » que la France.
Objectif commun, diagnostics différents
Sur le fond, le communiqué de la délégation française du S&D précise que « ce refus de soutenir cette tentative d’obstruction [de M. Grudler] ne vaut pas le soutien inconditionnel de la réforme proposée ».
Autrement dit, les socialistes s’opposent bien au mandat actuel du parlement européen pour les négociations sur la réforme du marché de l’électricité à venir.
Mais si l’initiative de M. Grudler vise avant tout à « remettre sur la table la question du nucléaire », M. Mebarek avance que « ce n’est pas [s]on angle », rejoignant ainsi ses collègues français (La France insoumise) du groupe de la Gauche.
Pour ces derniers, « la raison principale de l’opposition au mandat actuel est qu’il ne répond pas assez aux problématiques d’impact sur les prix de l’électricité telles que le marché est construit actuellement », a complété l’eurodéputée française Manon Aubry, co-présidente du groupe de la Gauche, lors du point presse.
En conséquence, Mme Aubry invite à la constitution d’une initiative « de gauche et progressiste », appelant les élus du centre (Renew) à y prendre part.
[Édité par Frédéric Simon]